Zouleikha ouvre les yeux

Gouzel Iakhina: 
Zouleikha ouvre les yeux
Libretto 2015. 
Original title: Zouleykha otkryvaet glaza
translated into French by Maud Mabillard.

When you have given birth to four children who all died in childbirth and when you share the household with your husband’s old mother who keeps insulting you whenever she opens her mouth, or when you need to hide your crop in fear of the regime who steals everything from you, or when your husband is shot dead in front of your eyes and you are deported to Siberia, you have then entered the world of Zouleihka. It’s the early days of the Soviet campaign of dekulakization in the beginning of 1930’s USSR, when millions of peasants lost their farmlands and were executed or deported. This is where the story of Zuleikha’s begins in Kazan, in a convoy of deportees onward across the Ural Mountains and further east. What a promising start! 
 

My baby steps in the wonderful world of DNA


Bat spotting again… this particular individual is my Christmas greeting to family and friends. A Very Merry Christmas to you too! 

I took a Y-DNA test and found out about my ancestry. My haplogroup is represented in Western Siberia and Finland but I was surprised to see red dots also in Turkey and in the Caucasus. The dots on the map represent the earliest known forefathers of other people who took the test and with whom I share snippets of DNA. Perhaps it’s time to plan a haplo tour to Kazan? Or follow a trail down to the Black Sea and to the medieval slave markets of Feodosia? In those days it was common to snatch people and either bargain for their release or sell them as slaves. That happened also on the shores of the Baltic.

I researched my grandmother’s lineage and was able to connect with the Geni family tree. Her side of the family stayed in the same region in Ostrobothnia for several centuries and their family names were tied to farms and places. With Geni, suddenly I have over one thousand ancestors all the way back to my 16th great grandfathers, who were born around 1450.

I remember my great grandmother very well. At the time she was already very old and would just sit quietly and wrap herself in that secret historicity of hers. Her grandfather had been a sniper who died in mysterious circumstances in St. Petersburg after 1889. Who was he? Why was he there? I am now very keen on finding out more about single stories among those one thousand relatives.

In the coming year, be prepared, my dear reader, to more stories about my ancestry and about writing in general, as I am in the middle of writing a novel. I might also babble something about fictional autobiography, the genre that intrigued me already in the 90’s when I was working on my master’s degree in Marseille. Now it’s timely again, with all the potential of my going back in time and finding myself in the footsteps of my unknown father and his forefathers somewhere in the Crimea or Siberia. Add to that some of the more usual glimpses of my life between the Senegal river and the Atlantic Ocean and voilà: welcome a brand-new year 2022. 

Abstraction in not unique area

Call it a minor crisis – a positive one – or just a general thirst for rejuvenation, but lately I’ve been having a growing need to step into something completely new in my art practise. I do not want to abandon my long term projects but I need space for more experimentation. Perhaps the pandemic and some other current circumstances have created a situation in which I feel somehow jammed, doing the same thing over and over again.

Under cover and exposed (2021) – Jarmo Pikkujamsa

I have borrowed the title of this blog entry from somewhere in the social media, I forgot the source, please accept my apologies. But when I saw it, I felt an immediate connection to it, like entering a new house where you are certain you have never been and yet it all seems strangely familiar, room after room. Who knows, perhaps you have been there after all, in another life, or when you were a child, or in a dream… I have always given value to the ordinary, everyday random “meaninglessness” but I never thought I could return to it with a new eye. Perhaps I did think of it briefly in the end of last summer when I already found myself photographing abstract details and patterns that just kept popping in front of my eyes. To push things further, I am hoping to catch abstaction that is made of something larger than objects, such as man made or natural structures and spaces that themselves form the abstraction and encapsulate you within. I am warming up now!

I am currently writing a novel that is much about geography and streets and neighborhoods and lately I have also incorporated parts of the story to my street photography by documenting those areas in which the story takes place. It’s a lot of fun and I use one or the other – the story or the image – as a source of inspiration to develop both of them further. At the same time the storyline in the book is now in a state of a “travelogue” leading the reader through the lives of the protagonists and I am hoping to find another, more abstract geography, a fictional one that would come accross as a new dimension that belongs to the book and grows into you as the story unfolds. Maybe this is where I am heading next?

La Table

Le café avait changé de nom, mais l’ancienne enseigne, la mienne, y restait à côté du nouveau. Depuis que j’avais arrêté, j’avais évité cette rue. Du coup, je me trouvais dans le quartier pour une affaire et voulais un espresso, alors je me suis dit: pourquoi pas ? Le nouveau propriétaire, Jack, avait choisi des meubles technos en plastique gris foncé. Voyant que Jack attendait ma commande, visiblement très occupé malgré juste quelques clients, j’avais beaucoup de peine à détacher mon regard de la seule table unique, sans chaises, poussée au coin. Ma table avait l’air d’une mauvaise dent qui n’appartenait plus dans la bouche, mais qui pendait, ridiculement, avant de tomber.

J’en avais créé une dizaine de tables de mes propres mains, décorées d’anciens journaux que j’avais trouvés à Addis dans une boutique. Un design à admirer devant les lattes et cappuccinos, effet bien réussi. Plus tard, j’avais accepté une collaboration avec des investisseurs pour encore mieux propager mon amour d’une culture de café et ses manifestations. Mais les investisseurs avaient d’autres visions, comme les gaufres belges dans le menu, pour “maximaliser les gains.” Une véritable usine de blanchiment d’argent, où la torréfaction ne comptait plus. Soudainement, l’ambiance ethiogroove était remplacée par une compilation au chewing-gum via Spotify, les vitrines étaient décorées de copies des masques africaines et de petites statuettes de Bouddha qui souriaient. C’était comme le resto libanais, repris par une famille sénégalaise qui triomphait avec leur ceebu jen et qui ne voulait pas changer le nom du resto ni le menu, mais ne savaient pas ce que c’est que hoummous. Ou comme la maison portugaise qui nous avait surexcités avec nos idées de rénovation dans la tête, et qui avait été achetée devant notre nez par quelqu’un. Peu après, la maison avait été rasée et remplacée par un cube en béton, trois étages avec des balcons. Nous étions en larmes.

“Bien sûr que vous pouvez la prendre en photo”, Jack a dit. Il n’était pas du tout curieux de savoir pourquoi je voulais photographier la table. J’ai payé mon café et j’ai pris la photo, sans même trop savoir pourquoi. Je n’ai rien dit à Jack, qui avait l’air sympa malgré ses gestes inutiles d’un occupé. Son bar à deux noms était un rappel de quelque chose de toujours un peu dur à avaler. Plus dur que le café corsé de Jack, qui aurait pu apprendre au moins prononcer espresso au lieu de dire chaque fois expresso.

Le Pont

La canicule du Presque-Saint-Jean pèse lourd. Trois Polonais, torses nus, se sont installés à pêcher sur le banc du fleuve, au-dessous du pont ferroviaire qui traverse le fleuve. Avalé par la végétation et tagué de cris politiques depuis étouffés, le pont est moitié caché sous la dense verdure. L’eau du fleuve est aussi jaune que je m’en souvenais, il y a quoi? Cinquante ans? Le train ne passe plus ici depuis des années, les gens ont acheté des voitures. Personne ne marche ici, sauf les Polonais. Et moi. Les trois hommes ont leurs cannes à pêche dans une main, une canette de bière collée dans l’autre. Ils se méfient de moi comme si je les avais surpris en train de commettre un délit. Pourtant, je suis devenu un étranger ici, moi aussi. Je les laisse tranquilles, eux ils prétendent de m’ignorer.  

Nous avions grimpé la colline juste au-dessous des rails, nos têtes entre les traverses, pour regarder un train s’approcher. Celui qui se retirerait la tête le dernier serait gagnant. La fin du monde! Notre nouvelle drogue, bruyante, nous faisait rire et hurler et trembler nos intestins, jusqu’au jour où quelqu’un nous informait que les trains pissaient un liquide, couleur bleue, qui traversait tout, même ta petite tête si tu avais la malchance.   

– Qui t’a dit ça ? 

– Peut-être la même personne qui m’avait prévenu que le monstre qui habitait aux profondeurs du fleuve aimait attraper des enfants pour petit déjeuner ?  

Je serre un sac dans ma main. Il y a ma future chemise de pionnier, cousu par un ami tailleur. Coton vert, épais et dur. Je la porterai avec un foulard rouge avec des pinces attachées à la hauteur du coeur. Malgré nos moyens, j’avais insisté sur la chemise. Sans l’uniforme, tu risquais de perdre toute crédibilité, et j’avais convaincu ma grand-mère d’investir. Arrivé au pont, je marche sur les rails avec une concentration aiguë, par peur de train. J’imagine l’irréversibilité de mes actions: qu’est-ce qui m’arrive si je jette la chemise dans le fleuve ? Dois-je inventer une histoire d’un train qui m’a presque écrasé ? Tout cet effort pour une chemise, en vain? J’ai peur de mes pensées. 

– Tu l’as fait ?  

– Non. Je l’ai portée lors de nos réunions hebdomadaires et aux événements culturels où on accueillait de jeunes camarades de Leningrad. 

“Sale communiste !” Les gens chuchotaient à mi-voix dans le bus. Je m’en foutais victorieusement, je voulais marquer mon camp, à dix ans. Puis, la chemise est devenue trop petite. Les murs sont tombés, la ligne de train a été fermée. J’ai quitté mon pays. Les petites têtes de Lénin en métal sur ma poitrine coton vert, arrêtaient de trembler de nos rires et hurlements. Le monstre qui habitait le fleuve et qui mangeait des enfants s’est endormi. Peut-être que les Polonais allaient le faire réveiller?