Déclenchement

Je cherchais, en vain, ma pièce d’identité pour prouver que j’étais invité à cette conférence. Tous mes amis étaient déjà joyeusement entrés et moi, je restais la dernière personne au monde, détenu par ce gardien, qui aimait rouler ses r de « protocole de sécurité. » Il attendait patiemment pendant que je fouillais mon sac. J’essayais de la trouver, un peu frénétiquement, et en même temps je souhaitais que le gardien me laisse, tôt ou tard, passer. Mais non.

J’entendais les présentations enthousiasmées et les applaudissements à partir de la salle, ce qui m’agaçait. Dans nos milieux, cette conférence était considérée comme l’événement de l’année à ne surtout pas rater. Ma tension montait et je commençais à sentir mes mains trembler de désespoir. Ou bien de quelque chose d’autre ? Enfin, j’ai dû accepter l’échec, de plus en plus évident. Je ne comprenais pas pourquoi, et peut-être pour une première fois de ma vie, je ne trouvais pas ma pièce d’identité. Pourquoi aujourd’hui, sous le regard de ce gardien ? J’aurais pu être fâché avec lui, un jeune homme qui se tenait obstinément ferme à suivre les règles qu’on lui avait été imposés. Visiblement, il avait pitié de moi, mais pas suffisamment pour un sésame souhaité. Au lieu de colère, du coup, j’avais une énorme envie de… lâcher. De m’asseoir en face de lui et me pencher sur sa table. Installé sur la chaise devant lui, je commençais à somnoler et je fermais mes yeux et je tombais dans un sommeil libérateur.

Après je ne sais pas combien de temps, de forts applaudissements dans la salle m’ont réveillé. Un torticolis s’annonçait et j’ai eu du mal à tourner ma tête, mais j’apercevais le gardien au coin du hall. Il signalait que j’entre par une porte qu’il tenait ouverte.

La porte donnait accès à des cabines des interprètes. Le gardien m’a accompagné dans celle où il avait allumé un petit lampadaire d’une lumière apaisant. Le public dans la salle en bas avait juste commencé de sortir de la salle. Était-ce pour pause-café ou la conférence avait-elle terminé ? Ayant perdu la notion du temps, je l’ignorais. Je remerciais le gardien et m’installais dans un grand fauteuil qui envahissait une bonne moitié de la cabine. J’éteignais le lampadaire et je fermais mes yeux de nouveau. J’entendais les derniers visiteurs bavarder en sortant, puis je n’entendais qu’un faible bourdonnement d’un climatiseur.

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