Le Bus

Ovako Oy Turun rautatehdas, 1975 Turku © Työväen Arkisto

Nous nous sommes assis en arrière du bus. Un garçon et son petit frère, une copie en miniature, se trouvent à notre gauche. 

« Cocos de Satan, retournez en Russie », il dît en se mordant les dents et en regardant par la fenêtre.   

Le petit frère nous scruta comme vrai.   

« Va chanter des hymnes au chapelet de ta mère. » H, le plus courageux d’entre nous, répondit.   

Les montagnes de la fonderie d’acier jaillissaient de la fenêtre. Nous les comptâmes dans nos esprits au fur et à mesure que le bus progressait. À la dernière, le garçon tourna la tête et arrêta son regard terne sur moi.   

« Ton père c’est un ivrogne ! »  

Il parlait de mon grand-père, dont j’avais toujours eu honte le week-end quand il retournait de ses beuveries. Arrivé dans la cour, il récitait de la poésie en pseudorusse qu’il avait inventé. Il jetait les mots ‘Léonid Brezhnev’ aux endroits appropriés avec une intonation véritablement émotionnelle. S’il était ivre, il pourrait soulever son vélo au-dessus de sa tête en l’air avec une main et menacer de tuer tous les enfants du bloc autour de lui.   

J’ai enlevé mon foulard de pionnier et je l’ai mis dans ma poche. De l’autre côté du bus, les falaises de Cap Maléfique s’étiraient haut. Les néons bleus de l’usine d’aliments clignotaient. J’ai fermé les yeux et j’ai décidé : je partirai. 

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