Le Sauna publique

cc Helsingin Kaupunginmuseo (Inconnu, 1952)

Ma grand-mère était de la province des poignardeurs, petite-fille de tireur d’élite. Un bain rituel hebdomadaire dans le sauna public, le samedi après-midi, était pour elle un moyen de se détendre et de se retirer des « cinquante ans de guerre » contre mon grand-père alcoolique, et parfois violent. Elle m’y emmenait aussi. Assis parmi des femmes de tous âges, tailles et formes sur le banc du haut de la pièce chaude, la chaleur y brûlait mes lobes d’oreille. Le sauna était sombre, un utérus chaud où nous cherchions à nous attarder avant de naître. Par un consensus, nos phrases étaient courtes, à voix basse. Le poêle à sauna sifflait son rythme, de légers soupirs de plaisir occasionnels les accompagnaient. 

Dans le vestiaire, tiède et sans chauffage, nous prenions notre temps, nos corps ramollis. Je buvais du Jaffa et je chantais, à la demande, des chansons grossières. Les femmes riaient et leurs gros seins et ventres rebondissaient. Quand elles m’ont demandé si c’était ma mère qui m’avait appris ces chansons, j’ai dit avec fierté : “Ce n’est pas ma mère, c’est ma grand-mère.” 

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